Quels outils choisir, du téléphone au réseau social
Système, messagerie, navigateur, VPN : qu'est-ce qui vaut vraiment le coup ?
La question arrive toujours dans cet ordre : d'abord « je prends quoi ? », ensuite seulement « pourquoi ». Voici donc les notes d'abord. Elles vont du système d'exploitation au réseau social, et elles sont assumées comme un barème : un avis argumenté, pas une mesure de laboratoire.
Deux précautions avant de lire. Les notes ne se comparent pas d'une catégorie à l'autre : le 7 d'un fournisseur d'e-mail et le 7 d'un VPN ne mesurent pas la même chose, chaque catégorie annonce ce qu'elle regarde. Et une note haute ne veut pas dire « pour vous » : une ROM alternative note 10 et ne convient pas à quelqu'un qui a besoin de son application bancaire. C'est pour ça que chaque catégorie se termine par trois recommandations, une par profil.
Le barème
Une note sur 10 par outil, catégorie par catégorie. Sous chacune : ce que la note mesure, puis le choix retenu pour chacun des trois profils de menace.
Système du téléphone
Ce que la note mesure : qui décide de ce qui tourne sur l'appareil, ce qui remonte au constructeur sans qu'on le demande, et ce qu'on peut retirer.
Qui paie : l'appareil se paie une fois, le système est gratuit et le reste dix ans. Ce qui finance ces dix ans, c'est la boutique d'applications, la commission prélevée sur chaque achat, et chez l'un des deux la publicité ciblée. Un système d'exploitation ne se vend pas, il se rentabilise.
- iOS4/10
Bien tenu contre les attaques courantes, et c'est réel. Le compte Apple reste la condition d'utilisation de l'appareil, pas une option. Un point de plus que dans la première version de ce barème, pour une raison unique et vérifiable : la protection avancée des données, qu'on active soi-même, fait passer de quatorze à vingt-trois le nombre de catégories iCloud chiffrées de bout en bout, sauvegarde et photos comprises. Apple ne peut alors plus lire ce qu'elle héberge pour vous. Restent en clair le courrier, les contacts et l'agenda, et presque personne ne l'activera jamais.
Apple, la sécurité des données iCloud - Android5/10
Un point de plus pour une seule raison : on peut y toucher. Profils séparés, boutique alternative, services Google désactivables en partie. Sorti d'usine, il en dit autant qu'iOS. Depuis Android 16, un mode de protection avancée réunit en un seul réglage ce qu'un utilisateur à risque devrait sinon activer à la main, et Google le destine explicitement aux journalistes et aux militants. Il ne change pas la note : il protège d'un attaquant, pas de l'éditeur, et c'est l'éditeur que cette catégorie mesure.
Google, la protection avancée sur Android - LineageOS8/10
La ROM libre qui couvre le plus de modèles, y compris de vieux appareils que le constructeur ne met plus à jour. Le constructeur sort de l'équation, les services Google deviennent un choix. Huit et pas dix : l'installation passe par le déverrouillage du chargeur d'amorçage, et on y laisse une partie des protections d'origine de l'appareil.
- GrapheneOS10/10
Le seul système mobile qui ajoute une protection au lieu d'en retirer : les services Google, si on les installe, y tournent dans un bac à sable comme une application ordinaire, et le chargeur d'amorçage se referme une fois l'installation faite, ce que LineageOS ne permet pas. Le prix à payer est réel : un appareil Pixel, une réinstallation, des applications bancaires souvent perdues. Attention au root, qui n'est pas la même chose : une application qui l'obtient obtient tout, c'est une porte de plus, pas une protection.
GrapheneOS, page des fonctionnalités
Le grand public
Android. Un Android tenu à jour, avec le moins de comptes actifs possible et les autorisations passées en revue une fois par an. Changer de ROM ne se décide pas un dimanche soir, et un iPhone auquel on ne touche pas reste défendable au quotidien.
Une personne exposée
GrapheneOS. Le téléphone est l'appareil qui vous suit, donc celui qui vous trahit en premier. Si vous pouvez y consacrer une soirée, une ROM sans services Google est le meilleur rapport effort / résultat de tout ce guide : GrapheneOS si votre appareil est un Pixel, LineageOS sur le reste du parc. À défaut, un Android avec un profil séparé pour ce qui est sensible.
Une cible désignée
GrapheneOS. Sans discussion, et sur un appareil qui ne sert qu'à ça. Un second téléphone banal, sans carte SIM à votre nom, vaut mieux qu'un appareil unique parfaitement configuré : c'est le cloisonnement qui protège, pas le réglage. Et si vous devez rester sur un téléphone du commerce, activez le mode prévu pour vous, le mode isolement chez Apple, la protection avancée chez Google : tous deux réduisent la surface d'attaque au prix de fonctions que vous perdrez, et ce prix est normal.
Système de l'ordinateur
Ce que la note mesure : ce qui part vers l'éditeur sans qu'on l'ait demandé, ce qui s'installe tout seul, et si l'on peut vérifier ce que fait la machine.
Qui paie : Windows est compris dans le prix de la machine, et son éditeur continue pourtant d'y placer un moteur de recherche, un compte et de la publicité : la licence ne suffit plus à le financer. En face, Debian, Tails et Qubes OS vivent de dons et de subventions. Personne n'a rien à récupérer sur vous, et personne ne vous doit de service après-vente non plus.
- Windows3/10
Le compte en ligne s'impose à l'installation, les remontées d'usage ne se coupent pas depuis les réglages, et les fonctionnalités arrivent par mise à jour sans qu'on les ait choisies. Le 3 n'est pas une question de sécurité : Windows résiste correctement aux attaques, il ne résiste pas à son éditeur.
- macOS4/10
Moins de fonctionnalités imposées que sur Windows, et un matériel tenu longtemps. Mais le compte Apple s'invite au premier démarrage, la synchronisation iCloud est le réglage par défaut, et le système demande à Apple son avis sur les applications qu'on lance. Un point de plus que Windows, pour la même raison de fond : ce qu'il fait ne se vérifie pas, on croit l'éditeur sur parole.
- ChromeOS3/10
Un système qui n'existe qu'avec un compte Google : c'est la condition pour ouvrir la session, pas une option. Solide contre les attaques, à peu près muet sur la question qui nous occupe, puisque tout l'usage passe par le fournisseur. Le mode développeur ne rattrape rien, il ouvre une porte de plus.
- Ubuntu5/10
Oui, Ubuntu est Linux. L'écart avec la ligne suivante ne tient pas au noyau, il tient à ce qui est posé par-dessus et à qui l'a décidé : boutique maison, choix par défaut faits pour le confort, remontées activées à l'installation. Reste la marche la plus basse pour sortir de Windows sans y passer un week-end.
- Linux8/10
Une distribution classique qu'on choisit et qu'on configure : Debian, Fedora, Arch, NixOS. Rien ne remonte que vous n'ayez installé, et ce que fait la machine se vérifie. Huit et pas dix parce que tout y reste dans le même sac : un navigateur compromis voit vos documents, vos clés et votre courrier. Les trois lignes suivantes existent pour ça. En échange, c'est vous l'administrateur, y compris les jours où ça casse.
- Whonix9/10
Deux machines virtuelles : l'une où l'on travaille, l'autre qui ne sait rien faire d'autre que pousser le trafic par Tor. Le poste de travail ignore l'adresse IP réelle, donc une application qui fuit ne peut pas la donner. Neuf et pas dix parce qu'il faut une machine hôte, et que l'ensemble ne vaut pas plus que cet hôte.
Whonix, site officiel - Tails10/10
Un système sur clé USB qui démarre à la place du vôtre, fait passer tout le trafic par Tor et oublie tout à l'extinction. C'est le seul d'ici qui n'installe rien sur la machine, donc le seul utilisable sur un ordinateur qui n'est pas le vôtre. Ce qu'il ne fait pas : garder vos fichiers, sauf à créer un espace persistant qui coûte une part de la promesse, et protéger d'une machine dont le matériel est déjà piégé.
Tails, ce que c'est - Qubes OS10/10
Le cloisonnement posé en principe : chaque usage tourne dans sa propre machine virtuelle, et une pièce jointe ouverte dans un compartiment jetable ne voit rien du reste. C'est la meilleure réponse au fait qu'on finit toujours par ouvrir le mauvais fichier. Le prix est le plus élevé de ce guide : du matériel compatible, beaucoup de mémoire, et une façon de travailler à réapprendre.
Qubes OS, les qubes jetables
Le grand public
Ubuntu. Ubuntu si vous pouvez changer, Windows si un logiciel métier vous y oblige. Dans ce cas, coupez ce qui se coupe et installez au moins un navigateur qui ne soit pas celui du système. Un système qu'on n'ose plus utiliser ne protège personne.
Une personne exposée
Linux. Une distribution classique bien configurée suffit largement, avec le chiffrement du disque activé. C'est ce dernier point qui compte le plus : contre un ordinateur volé ou saisi, le mot de passe de session ne vaut rien, le chiffrement du disque vaut tout. La catégorie suivante ne parle que de ça.
Une cible désignée
Qubes OS. Le cloisonnement d'abord, si vous devez continuer à travailler : une machine virtuelle par identité. Tails sur clé USB si vous devez surtout ne rien laisser derrière vous. Les deux demandent de l'entraînement : ne les découvrez pas le jour où vous en avez besoin.
Chiffrement du disque
Ce que la note mesure : ce que quelqu'un obtient en repartant avec l'appareil éteint, et qui d'autre détient une clé capable de l'ouvrir. Attention au malentendu qui vide la catégorie de son sens : le chiffrement ne protège pas une machine allumée et déverrouillée. À ce moment-là, la clé est en mémoire et tout se lit.
Qui paie : rien à payer, pour une fois. Tout ce qui est ici est fourni avec le système ou libre et gratuit. La question qui traverse la catégorie n'est donc pas le financement mais la garde de la clé, et elle tient en une phrase : qui d'autre en a une copie.
- Le mot de passe de session seul1/10
L'état dans lequel se trouve la plupart des ordinateurs. Un mot de passe de session n'empêche personne de retirer le disque, de le brancher ailleurs et de tout lire : il protège l'écran, pas les fichiers. C'est la ligne qui explique pourquoi cette catégorie existe, et pourquoi elle passe avant la moitié des autres.
- BitLocker6/10
Le chiffrement de Windows fait correctement son travail : disque volé, disque illisible. Six à cause de la clé de secours. Sur les appareils où le chiffrement s'active tout seul, Microsoft écrit lui-même que la clé est enregistrée dans votre compte Microsoft avant même que la protection démarre. Autrement dit, le disque est fermé pour un voleur et ouvert pour qui obtient ce compte, ou pour qui peut l'exiger de l'éditeur.
Microsoft, sauvegarder sa clé de secours BitLocker - FileVault7/10
Même service que BitLocker, avec un point de plus pour une raison précise : Apple pose la question au lieu de décider. À l'activation, vous choisissez entre le déverrouillage par votre compte iCloud et une clé de secours que vous gardez. Prenez la seconde, notez-la hors de l'ordinateur, et personne d'autre que vous ne peut ouvrir le disque.
Apple, protéger les données du Mac avec FileVault - VeraCrypt8/10
Libre, sur les trois systèmes, et le seul d'ici à chiffrer un simple fichier-conteneur : pratique quand on ne veut protéger qu'un dossier, ou une clé USB qui circule. Un mot sur les volumes cachés, qui promettent de nier l'existence des données sous la contrainte : ne comptez pas dessus. La contrainte porte sur vous, pas sur le disque, et devoir soutenir qu'il n'y a rien est une position pire que d'avoir simplement chiffré.
VeraCrypt, site officiel - Le chiffrement du téléphone8/10
Il est déjà actif, sur iPhone comme sur les Android récents, et il ne demande rien : c'est la seule bonne nouvelle du guide. Ce qui le tient, c'est votre code. Apple décrit précisément le mécanisme : les clés sont dérivées du code, et quelques secondes après le verrouillage la clé déchiffrée est jetée. Tout dépend donc de la longueur de ce code, et un code à quatre chiffres se teste en entier. Six chiffres au minimum, une phrase si l'appareil peut être saisi.
Apple, la protection des données - LUKS9/10
Le chiffrement des systèmes Linux, proposé d'une case à cocher à l'installation, libre et vérifiable. Neuf pour une raison simple : il n'existe aucune clé de secours ailleurs, donc personne à qui la demander. C'est aussi ce qui le rend impitoyable, puisque le mot de passe oublié ferme la porte définitivement. Neuf et pas dix parce que rien ici ne protège d'une machine saisie allumée.
cryptsetup et LUKS, dépôt du projet
Le grand public
BitLocker. Celui de votre système, activé aujourd'hui : BitLocker sur Windows, FileVault sur Mac. Contre le seul scénario qui vous concerne vraiment, l'ordinateur portable oublié dans un train, il suffit largement. Et pour ce profil, la copie de la clé chez l'éditeur est un service plutôt qu'un risque : sans elle, un mot de passe oublié vous coûterait toutes vos photos.
Une personne exposée
FileVault. Le même, mais en gardant la clé. Sur Mac, choisissez la clé de secours locale plutôt que le déverrouillage par iCloud, et notez-la ailleurs que dans l'ordinateur. Sur Windows, sachez que tant que la clé est dans votre compte Microsoft, celui qui obtient ce compte ouvre le disque sans vous. Sur Linux, LUKS ne pose pas la question.
Une cible désignée
LUKS. LUKS, et surtout une habitude qui ne s'installe pas : éteignez la machine. Un ordinateur en veille garde la clé en mémoire, donc un appareil saisi allumé est un appareil non chiffré, quel que soit l'outil de cette liste. C'est la seule ligne du guide où le geste compte plus que le choix.
Sauvegarde
Ce que la note mesure : ce qui reste quand l'appareil, lui, ne reste pas, et qui peut lire la copie. C'est la seule catégorie du guide où la menace n'est pas quelqu'un qui regarde mais quelque chose qui efface : une panne, un vol, un rançongiciel, une saisie. Une copie qu'un attaquant efface en même temps que l'original ne compte pas comme une sauvegarde.
Qui paie : le stockage se paie au volume et tous les mois, chez tout le monde : c'est la catégorie où le gratuit ne dure pas. Les quelques gigaoctets offerts par les fournisseurs de cloud servent à amorcer un abonnement, un service de sauvegarde se paie à l'année, un disque externe se paie une fois. La seule chose gratuite ici est la régularité, et c'est justement celle qui manque.
- Aucune sauvegarde0/10
L'état par défaut, et la seule ligne du guide dont l'échéance est certaine : un disque finit toujours par lâcher, un téléphone finit toujours par tomber. Zéro, parce qu'il n'y a rien à noter. Cette catégorie est la seule qui protège de ce que vous vous ferez à vous-même sans l'aide de personne.
- La synchronisation en ligne3/10
iCloud, Google Drive, OneDrive : ce n'est pas une sauvegarde, c'est un miroir. Ce qui est supprimé d'un côté est supprimé de l'autre, et Google écrit qu'un fichier passé à la corbeille est effacé définitivement au bout de trente jours. Un rançongiciel qui chiffre vos fichiers voit ses versions chiffrées se synchroniser aussitôt. Trois, parce que ça sauve tout de même du téléphone perdu, ce qui n'est pas rien.
Google, supprimer des fichiers dans Drive - Un service de sauvegarde6/10
Backblaze et ses équivalents : la copie part toute seule, hors de chez vous, ce qui règle d'un coup l'incendie et la discipline. Six à cause d'une nuance que l'éditeur documente lui-même : la clé privée facultative protège bien vos fichiers chez lui, mais pour restaurer, vous tapez la phrase de passe sur son site web, où elle sert à déchiffrer la clé. Elle passe donc chez lui à ce moment-là. C'est acceptable contre la panne, moins contre un adversaire qui peut lui adresser une demande.
Backblaze, chiffrement et phrases de passe - Un disque externe chiffré7/10
Branché une fois par mois, puis débranché : c'est précisément le débranchement qui vaut la note. Les recommandations américaines contre les rançongiciels demandent des sauvegardes hors ligne et chiffrées, isolées du réseau, parce que ces logiciels cherchent et effacent les sauvegardes qu'ils peuvent atteindre. Sept et pas plus : le disque dort chez vous, donc il brûle, se vole et se saisit avec le reste.
CISA, guide contre les rançongiciels - Une sauvegarde chiffrée automatisée9/10
restic ou Borg : les fichiers sont chiffrés sur votre machine avant de partir, l'outil garde un historique de versions, et la destination n'a plus d'importance puisqu'elle ne voit que du chiffré. C'est la seule ligne où le prestataire de stockage n'a rien à savoir de vous. Neuf et pas dix parce qu'il faut l'installer, l'automatiser, et surtout tester une restauration : une sauvegarde jamais restaurée est une hypothèse, pas une sauvegarde.
restic, site officiel
Le grand public
Un disque externe chiffré. Un disque externe, branché le premier dimanche du mois, débranché ensuite. Gardez la synchronisation que vous avez déjà, elle vous sauvera du téléphone perdu, mais ne la comptez pas comme une sauvegarde : elle recopie fidèlement vos suppressions. Et chiffrez ce disque, sinon vous venez de fabriquer une copie de toute votre vie que n'importe qui peut lire.
Une personne exposée
Une sauvegarde chiffrée automatisée. restic ou Borg vers deux destinations : un disque que vous débranchez, et un stockage en ligne quelconque. Le stockage n'a pas besoin d'être de confiance puisqu'il ne reçoit que du chiffré, ce qui rend le prix et le fournisseur secondaires. Testez une restauration le jour où vous l'installez, pas le jour où vous en avez besoin.
Une cible désignée
Une sauvegarde chiffrée automatisée. Le même, avec une chose à garder en tête : une sauvegarde est une copie complète de tout ce qui vous concerne, donc une deuxième cible, et une cible qui ne se défend pas toute seule. Chiffrée avant de partir, elle ne vaut que sa phrase de passe. Et la copie hors ligne a intérêt à ne pas dormir au même endroit que la machine, sans quoi une seule visite emporte les deux.
Gestionnaire de mots de passe
Ce que la note mesure : où vit la base, qui peut la déchiffrer, et ce qui reste protégé le jour où le fournisseur se fait voler la sienne. Un gestionnaire ne se juge pas sur son confort, il se juge sur ce qu'il advient de vos comptes quand lui tombe.
Qui paie : un gestionnaire gratuit qui ne vend rien vit soit de bénévoles et de dons, soit des offres professionnelles vendues à côté. Ceux des navigateurs sont gratuits parce qu'ils attachent vos mots de passe à un compte d'éditeur, ce qui vaut mieux qu'un abonnement pour celui qui l'encaisse. Pour une fois, le modèle économique n'est pas le principal risque de la catégorie : le vol l'est.
- LastPass2/10
Deux, pour la seule raison qui compte ici : c'est le cas documenté. En 2022, une sauvegarde des coffres clients a été copiée par un attaquant. Les identifiants restaient chiffrés par une clé dérivée du mot de passe maître, mais les adresses des sites étaient en clair, et un coffre volé se déchiffre hors ligne, sans limite de tentatives et sans que personne vous prévienne. Un gestionnaire se juge à ce moment-là.
LastPass, avis d'incident de sécurité - Le gestionnaire du navigateur4/10
Chrome, Safari, Firefox et Edge en proposent un, et il vaut infiniment mieux que le même mot de passe partout. Quatre parce qu'il est adossé au compte de l'éditeur et déverrouillé en même temps que votre session : qui obtient l'ordinateur allumé obtient le coffre, et qui obtient le compte obtient le reste. Il ne sort pas du navigateur, alors que vos mots de passe, eux, en sortent.
- Le carnet papier5/10
Sérieusement. Un carnet rangé chez vous ne se pirate pas à distance, ne se synchronise nulle part et ne dépend d'aucun éditeur : contre le risque que court la plupart des gens, la réutilisation d'un mot de passe apparu dans une fuite, il fait le travail. Cinq et pas plus, pour deux limites qui décident tout : il ne protège de personne qui entre chez vous, ce qui l'exclut en cas de violences ou de harcèlement dans l'entourage, et il n'existe qu'en un exemplaire, donc un dégât des eaux vous ferme tous vos comptes.
- 1Password7/10
Le plus soigné à l'usage, avec une particularité qui compte : en plus du mot de passe du compte, une clé secrète gardée sur vos appareils entre dans le déchiffrement, si bien qu'un coffre volé chez l'éditeur ne s'attaque pas avec le seul mot de passe. C'est exactement la protection qui a manqué à la ligne du haut. Sept parce que le code est fermé et l'abonnement obligatoire : on croit l'éditeur sur parole.
1Password, la sécurité de la clé secrète - Bitwarden8/10
Code ouvert de bout en bout, audits annuels confiés à des tiers et publiés, une offre gratuite qui suffit vraiment, et la possibilité d'héberger le serveur soi-même. C'est le meilleur rapport entre ce qu'on peut vérifier et ce qu'on n'a pas à faire. Huit et pas dix : le coffre reste synchronisé chez un fournisseur, donc copiable en cas d'intrusion chez lui, et tout repose alors sur la longueur de votre mot de passe maître.
Bitwarden, ses audits - KeePassXC9/10
Un fichier chiffré sur votre machine, aucun compte, aucun serveur, aucun abonnement, et un code que n'importe qui peut lire. Il n'y a rien à voler chez un fournisseur puisqu'il n'y en a pas. Neuf et pas dix parce que tout retombe sur vous : la synchronisation entre vos appareils, la sauvegarde du fichier, et le fait que le jour où vous le perdez, personne au monde ne peut vous le rendre.
KeePassXC, site officiel
Le grand public
Bitwarden. Bitwarden, installé en vingt minutes. Ne migrez pas deux cents comptes le premier soir : mettez-y la messagerie, la banque et les deux ou trois comptes qui servent à récupérer les autres, le reste s'ajoutera tout seul à chaque connexion. Si l'idée d'un coffre en ligne vous bloque, le carnet papier vaut mieux que le statu quo.
Une personne exposée
KeePassXC. KeePassXC si vous acceptez de gérer la synchronisation vous-même, Bitwarden sinon. Dans les deux cas, un mot de passe maître qui soit une phrase et pas un mot : contre un coffre déjà copié, sa longueur est la seule chose qui joue encore, le fournisseur n'a plus la main.
Une cible désignée
KeePassXC. KeePassXC, sur un disque chiffré, et le fichier de coffre hors des stockages en ligne grand public. Changez le mot de passe maître au moindre doute, et sachez que cela ne protège pas les copies déjà prises : un coffre volé reste attaquable avec l'ancien mot de passe, il faut donc changer aussi ce qu'il contenait.
Second facteur
Ce que la note mesure : ce qu'un attaquant obtient en interceptant le code, et ce que vous perdez en perdant l'appareil. Le second facteur ne sert que dans un cas précis, celui où votre mot de passe est déjà connu : on note donc ce qu'il tient encore ce jour-là.
Qui paie : presque rien à payer nulle part, et c'est ce qui rend l'absence de second facteur difficile à excuser. Les applications d'authentification sont gratuites et souvent libres, les codes par SMS sont payés par le service qui les envoie, et la seule dépense de la catégorie est la clé matérielle, quelques dizaines d'euros une fois pour toutes. Le coût n'est pas l'obstacle, l'ennui l'est.
- Code par SMS2/10
Mieux que rien, et c'est tout ce qu'on peut en dire. Le code voyage sur le réseau téléphonique, où votre numéro peut être rattaché à une autre carte SIM par quelqu'un d'assez convaincant auprès de l'opérateur. Les recommandations américaines d'identité numérique classent d'ailleurs ce canal en usage restreint et demandent de surveiller les changements de SIM et les portages de numéro. Utile contre le pillage automatisé d'un mot de passe fuité, sans valeur contre quelqu'un qui vous vise.
NIST SP 800-63B, les authentifiants - Les codes dans le gestionnaire5/10
Le gestionnaire de mots de passe sait aussi produire les codes à six chiffres, et c'est très commode. Cinq parce que le facteur cesse alors d'être second : un coffre ouvert donne le mot de passe et le code du même geste, et une sauvegarde volée chez le fournisseur contient les deux. Acceptable pour les comptes sans conséquence, à éviter pour ceux qui ouvrent les autres.
- Application d'authentification7/10
Aegis ou Ente Auth : les codes se calculent hors ligne, sur l'appareil, sans compte à créer et sans passer par l'opérateur, et l'export de sauvegarde est chiffré. Sept parce que le code reste recopiable : un faux site vous le demande, vous le donnez, il s'en sert dans la minute. Contre l'hameçonnage, ça ne tient pas.
Aegis Authenticator - Clé d'accès8/10
La même cryptographie que la clé matérielle, rangée dans le téléphone ou dans le gestionnaire, et le plus souvent synchronisée entre vos appareils. Rien à recopier, rien à intercepter, et surtout la signature est liée au vrai domaine du site : un faux site n'obtient rien, même si vous vous laissez prendre. Huit et pas dix parce que la synchronisation ramène toute la sécurité à celle du compte qui la porte.
- Clé matérielle10/10
Une clé USB ou NFC qui ne livre jamais de secret réutilisable et qui refuse de signer pour un domaine qui n'est pas celui du site : c'est ce que les recommandations d'identité numérique appellent la résistance à l'hameçonnage, et elles citent précisément ce mécanisme. C'est la seule ligne du guide qui protège quand l'utilisateur se trompe. Achetez-en deux, la seconde rangée ailleurs : sinon le jour où vous perdez la première, vous perdez tout.
NIST SP 800-63B, la résistance à l'hameçonnage
Le grand public
Application d'authentification. Une application d'authentification, et surtout : activez-la d'abord sur l'adresse e-mail qui sert à récupérer tous les autres comptes. Un seul compte protégé au bon endroit vaut mieux que dix pris au hasard. Gardez les codes de secours ailleurs que dans le téléphone qui porte l'application.
Une personne exposée
Clé d'accès. Des clés d'accès partout où le site les propose, une application d'authentification ailleurs, et retirez le SMS des méthodes de secours quand c'est possible. Un second facteur ne vaut que ce que vaut son repli : laisser le SMS actif à côté d'une clé d'accès, c'est garder la porte de service ouverte.
Une cible désignée
Clé matérielle. Deux clés matérielles, une sur vous, une rangée ailleurs, et le SMS supprimé partout où le service l'autorise. C'est le seul dispositif de ce guide qui tient encore quand vous cliquez sur le mauvais lien, et cliquer sur le mauvais lien finit toujours par arriver.
Fournisseur d'e-mail
Ce que la note mesure : qui peut lire le contenu, ce que le fournisseur tire de votre boîte, et à quoi le compte sert par ailleurs.
Qui paie : une boîte gratuite coûte de l'argent à héberger, tous les jours, pendant quinze ans. Gmail, Outlook et Yahoo se remboursent sur la publicité et sur ce que le compte permet de relier au reste de votre vie numérique ; Proton, Tuta, Posteo et Mailbox.org se remboursent sur l'abonnement, entre un et cinq euros par mois. C'est la catégorie où la question du financement donne directement le classement.
- Proton Mail7/10
Chiffré au repos, juridiction suisse, alias jetables pour ne pas donner la même adresse partout. Sept et pas dix : dès que votre correspondant n'est pas chez le même fournisseur, l'objet et les en-têtes voyagent en clair. L'e-mail est un format de 1982, aucun fournisseur ne répare ça.
- Tuta7/10
Même logique que Proton : chiffré au repos, juridiction allemande, un projet ouvert. Le corps et le sujet des messages sont chiffrés, ce que Proton ne fait pas sur le sujet. En face : pas de passerelle IMAP standard, donc l'appli maison est obligatoire, et la gamme de services autour de la boîte est plus courte que chez Proton.
Tuta, page sécurité - CounterMail6/10
Petit service suédois, payant, qui chiffre côté serveur en OpenPGP et annonce ne rien écrire sur disque dur. Six et pas plus : cette promesse-là ne se vérifie pas de l'extérieur, le tarif est élevé pour ce qui est rendu, et l'équipe est minuscule, ce qui est autant un risque de continuité qu'une garantie d'indépendance.
- Posteo6/10
Un euro par mois, aucune donnée personnelle demandée à l'inscription, et le paiement en espèces accepté par courrier : c'est le seul de la liste qui n'a pas besoin de savoir qui vous êtes. Le chiffrement de la boîte est en PGP et s'active à la main, comme chez Mailbox.org, d'où la même note : bon webmail sans publicité, pas boîte chiffrée par défaut.
Posteo, page de paiement - Mailbox.org5/10
Fournisseur allemand sérieux, sans publicité, financé par l'abonnement. Le chiffrement de bout en bout y est en PGP, à activer et à comprendre : hors de ce réglage, c'est un bon webmail classique, pas une boîte chiffrée par défaut. D'où le 5.
- Gmail3/10
Le service marche très bien et le filtrage anti-hameçonnage est parmi les meilleurs. Mais la boîte est lue par la machine pour trier, et le compte sert de clé à tout le reste : téléphone, documents, historique de position, connexion à des services tiers. Une seule brèche ouvre l'ensemble.
- Outlook3/10
Même modèle que Gmail, avec une particularité en plus : le compte ouvre aussi la session Windows. Le mot de passe de votre boîte devient le mot de passe de votre ordinateur.
- Yahoo Mail2/10
Le modèle de Gmail sans le service : publicité dans la boîte, contenu analysé pour la viser, et l'un des passifs de fuites les plus lourds du secteur, avec trois milliards de comptes touchés en 2013. Une adresse Yahoo oubliée qui sert encore d'adresse de récupération ailleurs n'est pas une boîte, c'est une porte d'entrée.
Verizon, communiqué du 3 octobre 2017 déposé à la SEC
Le grand public
Proton Mail. Ouvrez une adresse Proton et servez-vous-en pour ce qui compte : banque, administration, mots de passe oubliés. Gardez Gmail pour les commandes et les newsletters. Migrer d'un coup quinze ans de courrier n'aboutit jamais, séparer les usages prend un après-midi.
Une personne exposée
Proton Mail. Proton, avec un alias différent par interlocuteur sensible. L'intérêt n'est pas le chiffrement, c'est qu'une adresse qui fuit ne relie pas les autres entre elles, et qu'elle se coupe sans changer de boîte.
Une cible désignée
Proton Mail. Proton reste la moins mauvaise boîte, mais changez de canal pour ce qui est sensible. Un e-mail expose qui écrit à qui et quand, quel que soit le fournisseur, et cette information-là se conserve des années.
Alias d'adresse e-mail
Ce que la note mesure : ce que l'alias laisse deviner de l'adresse réelle, ce qu'il devient le jour où vous quittez le fournisseur, et si vous pouvez en couper un sans toucher aux autres. Un alias ne chiffre rien et ne cache rien à votre fournisseur : il empêche qu'une adresse qui fuit relie vos comptes entre eux.
Qui paie : un alias coûte un relais et du stockage à celui qui le tient, et il le coûte indéfiniment puisque chaque message reçu passe chez lui. SimpleLogin appartient à Proton et sert son abonnement, Firefox Relay finance Mozilla, Hide My Email est vendu avec iCloud+. addy.io est libre et hébergeable chez soi. Le domaine à vous est le seul cas où personne ne tient vos alias à votre place, pour une douzaine d'euros par an.
- Les variantes de votre adresse2/10
Le point ajouté au milieu, le suffixe après un plus. Ce n'est pas un alias, c'est votre adresse déguisée : Google explique lui-même que toutes les versions pointées d'une adresse Gmail vous appartiennent et arrivent chez vous. N'importe qui retire le suffixe en une ligne de code, et le service qui revend sa base le fait. Deux, parce que ça sert encore à trier son courrier, et à rien d'autre.
Google, les points dans une adresse Gmail - Hide My Email6/10
Une adresse au hasard à chaque inscription, proposée directement par le système au moment où le formulaire la demande, ce qui en fait le plus facile à adopter de la liste. Six parce qu'il faut l'abonnement iCloud+ et rester chez Apple : les alias ne vous suivent pas ailleurs, et le jour où vous partez, tout ce qui écrivait à ces adresses n'a plus où arriver.
Apple, Hide My Email et iCloud+ - Firefox Relay6/10
Cinq masques gratuits, ce qui suffit à protéger les cinq comptes qui comptent, et un abonnement pour aller au-delà. Intégré au navigateur, donc proposé au bon moment. Six pour la même raison que la ligne précédente : les adresses appartiennent au fournisseur, pas à vous, et cinq masques s'épuisent vite si vous prenez l'habitude.
Firefox Relay, ses offres - SimpleLogin8/10
Tous les composants sont ouverts, le service appartient à Proton et fonctionne avec n'importe quelle boîte, y compris Gmail : c'est le seul moyen d'ajouter des alias sans changer de fournisseur. On répond depuis l'alias, donc le correspondant ne voit jamais l'adresse réelle. Huit et pas dix : c'est Proton qui tient le relais, et vos alias vivent chez lui.
SimpleLogin, site officiel - addy.io8/10
Même service, code ouvert, et la seule différence qui compte ici : vous pouvez l'héberger vous-même, ce qui retire le dernier intermédiaire. L'offre gratuite donne des alias standard sans limite de nombre. Huit et pas dix parce que l'auto-hébergement demande un domaine et un serveur, et que sans lui vous êtes chez un fournisseur comme ailleurs.
addy.io, site officiel - Votre propre domaine9/10
Une douzaine d'euros par an, et chaque service reçoit une adresse à lui sur un nom qui vous appartient. C'est le seul cas où changer de fournisseur ne casse aucune adresse : vous emportez le nom, vous refaites pointer, personne n'a besoin d'être prévenu. Neuf et pas dix pour deux raisons franches : le nom est enregistré quelque part à votre sujet, et si vous oubliez de le renouveler, vous perdez toutes vos adresses le même jour.
Le grand public
SimpleLogin. SimpleLogin, parce qu'il marche avec la boîte que vous avez déjà. Commencez par les inscriptions sans importance, boutiques et lettres d'information : ce sont elles qui finissent dans les fuites, et c'est là que l'alias rend service tout de suite. Si vous vivez chez Apple, Hide My Email demande encore moins d'efforts.
Une personne exposée
addy.io. addy.io, avec une adresse par interlocuteur sensible et non une par catégorie. L'intérêt n'est pas de se cacher, c'est de savoir : le jour où une adresse reçoit ce qu'elle ne devrait pas, vous savez qui l'a donnée, et vous la coupez sans rien changer d'autre.
Une cible désignée
Aucun. Et c'est la seule réponse honnête ici. Un alias fait entrer tout votre courrier dans la même boîte : celui qui obtient cette boîte obtient les alias avec. Ce qu'il vous faut n'est pas une adresse de plus, c'est une boîte séparée, ouverte ailleurs, relevée depuis un autre appareil, et qui ne partage aucun mot de passe avec le reste.
Logiciel de messagerie
Ce que la note mesure : ce que le logiciel affiche sans le demander, ce qu'il laisse en clair sur la machine, et ce qu'il renvoie à son éditeur. La catégorie précédente décide qui peut lire vos messages ; celle-ci décide de ce que le simple fait de les ouvrir raconte.
Qui paie : Thunderbird vit de dons, les applications de Gmail et d'Outlook sont la vitrine gratuite d'un service qui se paie ailleurs, et Apple Mail est vendu avec l'appareil. Un logiciel de messagerie n'a presque rien à vendre par lui-même, ce qui explique que la catégorie soit la moins piégée du guide.
- Gmail et Outlook3/10
Les applications maison des fournisseurs. Elles chargent les images distantes sans demander, remontent l'usage à leur éditeur, et certaines relèvent les comptes tiers en passant par leurs propres serveurs : dans ce cas, un fournisseur lit une boîte qui n'est pas la sienne. Trois, et le même conseil pour les trois profils : prenez un logiciel, pas l'application du fournisseur.
- Apple Mail5/10
Correct sur un point rare : la protection de la confidentialité dans Mail charge les images de tout le monde depuis un relais, ce qui rend les pixels espions inutiles au lieu de les bloquer. Le reste est la maison Apple : le compte, la synchronisation, et un logiciel qu'on ne peut pas ouvrir pour vérifier.
Apple, la protection de la confidentialité dans Mail - Thunderbird for Android8/10
L'ancien K-9 Mail, repris par le même projet. Même logique sur téléphone : plusieurs boîtes dans une seule application, images distantes bloquées, et aucun compte maison à ouvrir pour s'en servir. Un point de moins que la version de bureau, faute d'OpenPGP intégré : il faut lui adjoindre OpenKeychain.
- Thunderbird9/10
Libre, financé par des dons, disponible sur les trois systèmes, et le seul d'ici à gérer OpenPGP sans rien ajouter. Les images distantes sont bloquées par défaut, ce qui coupe les pixels espions qui signalent à l'expéditeur l'heure et le lieu d'ouverture d'un message. Neuf et pas dix : ce qu'il télécharge reste en clair sur le disque, il ne vaut donc que ce que vaut le chiffrement de ce disque.
Thunderbird, le contenu distant dans les messages
Le grand public
Thunderbird. Avec une seule boîte relevée depuis le navigateur, vous n'avez rien à installer. Thunderbird devient utile à la deuxième adresse : il les réunit sans ouvrir un compte de plus, et il bloque les images distantes, ce que tous les webmails ne font pas.
Une personne exposée
Thunderbird. Thunderbird, sur un disque chiffré, images distantes bloquées. C'est ce dernier réglage qui compte ici : une image chargée dans un message dit à l'expéditeur que vous l'avez ouvert, quand, et depuis quelle adresse IP. Un webmail affiche ces images par défaut.
Une cible désignée
Thunderbird. Thunderbird avec l'affichage en texte simple, et rien de ce qui vient d'un message ne s'ouvre sur la machine qui sert à autre chose. Rappelez-vous que le logiciel ne change rien aux en-têtes : qui écrit à qui, et quand, reste lisible par le fournisseur quel que soit le client.
Navigateur
Ce que la note mesure : ce qui est bloqué sans rien installer, ce que le navigateur renvoie sur vous, et à quel point vous ressemblez aux autres visiteurs.
Qui paie : personne n'a jamais acheté un navigateur, et pourtant chacun coûte des centaines de millions par an. Chrome et Edge sont financés par la publicité de leur éditeur et par la place qu'ils réservent à son moteur de recherche. Mozilla tire la majeure partie de ses revenus de ses accords commerciaux avec des moteurs de recherche, c'est-à-dire de la place par défaut vendue dans Firefox. Brave a son propre réseau publicitaire. LibreWolf, Mullvad Browser et Tor Browser ne dépendent d'aucun revenu de ce type, et cela se voit à leur inconfort autant qu'à leur note.
- Google Chrome2/10
Rien n'est bloqué à l'installation, et c'est cohérent : l'éditeur vit de la publicité qu'il faudrait bloquer. S'y ajoute une limite technique récente, la nouvelle interface des extensions ayant réduit ce qu'un bloqueur peut encore faire ici. Deux et pas zéro, parce que la sécurité pure y est excellente : contre un site piégé, Chrome tient très bien. Contre son éditeur, non.
Chrome for Developers, remplacer les écouteurs bloquants de webRequest - Microsoft Edge2/10
Le moteur de Chrome, avec l'éditeur du système par-dessus : le navigateur est rattaché au compte Windows, il propose ses propres services en permanence, et il ajoute sa couche de remontées d'usage à celle du système. Le pisteur n'est pas le même, la place occupée est identique.
- Opera2/10
Un VPN gratuit intégré qui n'en est pas un : c'est un relais vers les serveurs de l'éditeur, pas un tunnel vers un tiers, et il ne couvre que le navigateur. Un moteur Chromium par ailleurs, et un actionnaire de contrôle chinois, Kunlun Tech. Le mot VPN affiché dans un menu ne dit rien de qui voit passer le trafic.
Opera Limited, formulaire 20-F 2024 déposé à la SEC - Safari4/10
Le blocage des cookies tiers y est ancien et sérieux, et le moteur a longtemps été le seul autorisé sur iPhone, ce qui lui a donné une avance qu'il n'a pas gagnée. Quatre parce qu'il n'y a rien à régler et rien à vérifier : les protections sont celles qu'Apple a décidées, ni plus ni moins, et le blocage de la publicité passe par des extensions bridées.
- Vivaldi4/10
Un bloqueur intégré, pas de revente de données annoncée, un éditeur norvégien : sur le fond, il vaut mieux que sa réputation. Quatre parce que son interface est fermée. Sur ce barème, une promesse qu'on ne peut pas ouvrir ne vaut pas une protection qu'on peut lire.
- DuckDuckGo Browser6/10
Traqueurs et bandeaux de cookies bloqués dès l'installation, et un bouton qui efface l'onglet en entier. Le même service que Brave sans le modèle publicitaire de Brave. Six parce qu'il repose sur le moteur du système où il tourne, et parce que l'éditeur reste une entreprise dont le revenu vient de la publicité de recherche.
- Brave6/10
Blocage des traqueurs à l'installation, rien à configurer, et c'est ce qui fait sa note : la protection par défaut est la seule qui serve à tout le monde. Le moteur reste Chromium, et l'éditeur a un modèle publicitaire à lui.
- Firefox6/10
Le seul moteur grand public qui n'appartienne pas à Google, isolation par site, et un mode de résistance au pistage à activer. Même note que Brave pour une raison inverse : il faut aller le régler, et personne ne le fait.
State of Mozilla 2024, le financement de Mozilla - ungoogled-chromium7/10
Chromium dont on a retiré tout ce qui parle à Google, jusqu'aux vérifications faites au démarrage. Sept : rien ne remonte, mais rien n'est bloqué non plus, il faut poser un bloqueur soi-même, les mises à jour arrivent avec du retard et la synchronisation n'existe pas. C'est le choix de qui veut le moteur de Chrome sans son éditeur, pas de qui veut être tranquille tout de suite.
- LibreWolf8/10
Firefox déjà durci à l'installation : pistage bloqué, télémétrie retirée, cookies effacés à la fermeture, sans passer une soirée dans les réglages. Deux points de plus que Firefox pour ça. En face : mises à jour un peu en retard sur Firefox, et une poignée de sites à débloquer à la main.
LibreWolf, site officiel - Mullvad Browser9/10
Le navigateur de Tor, sans le réseau Tor : la même résistance à l'empreinte, tous les utilisateurs se ressemblent, mais pour un usage clearnet, à associer à un VPN. C'est le meilleur compromis anti-empreinte au quotidien. Neuf et pas dix : sans le réseau Tor, votre adresse IP passe par le VPN, pas par trois relais.
- Tor Browser10/10
Dix sur la seule chose qui compte ici : le site voit une adresse IP qui n'est pas la vôtre, et tous les utilisateurs se ressemblent, donc l'empreinte du navigateur ne vous distingue plus. Lent, incompatible avec certains sites, et annulé dès qu'on s'y connecte à un compte habituel. Ce n'est pas un navigateur de tous les jours, c'est celui des recherches qui ne doivent pas vous être attribuées.
Le grand public
Brave. Brave si vous ne voulez rien configurer, LibreWolf si vous préférez un Firefox déjà durci sans y toucher. Les deux valent mieux que le navigateur livré avec votre système. Dans tous les cas, changez le moteur de recherche par défaut pour DuckDuckGo ou Startpage : c'est le moteur qui voit chacune de vos questions, pas le navigateur.
Une personne exposée
LibreWolf. LibreWolf au quotidien, avec des conteneurs pour séparer les identités dans une même fenêtre, et Mullvad Browser ou Tor Browser pour toute recherche qui ne doit pas vous être attribuée : consulter une association, un avocat, une offre d'emploi chez votre employeur actuel.
Une cible désignée
Tor Browser. Tor Browser, sans rien y installer et sans en modifier la fenêtre : chaque extension ajoutée et chaque redimensionnement vous rend reconnaissable, ce qui détruit exactement ce que vous êtes venu chercher.
Moteur de recherche
Ce que la note mesure : le moteur voit chacune de vos questions, y compris celles que vous ne poseriez à personne. On note ce qu'il en enregistre et s'il les relie à votre identité pour vous profiler. C'est lui qu'il faut changer, pas seulement le navigateur.
Qui paie : la question ne se pose même pas ici : un moteur gratuit est payé par la publicité affichée à côté de vos questions, et une publicité vaut d'autant plus cher qu'on en sait long sur qui la regarde. Startpage et DuckDuckGo vendent eux aussi de la publicité, mais adossée au mot cherché et non à votre profil, ce qui est toute la différence. Un modèle payant et sans publicité existe, il reste marginal.
- Startpage7/10
Les résultats de Google sans que Google voie qui les demande : Startpage sert d'intermédiaire, société néerlandaise, aucun profil construit. En face, sa dépendance : la qualité suit celle de l'index de Google, sur lequel il n'a pas la main.
- Brave Search7/10
Un index indépendant, qui ne doit rien à Google ni à Bing, et pas de profilage. C'est ce qui lui vaut sa note. Encore jeune : sur des requêtes de niche, les résultats sont parfois moins fournis.
Brave Search, l'indépendance de ses résultats - DuckDuckGo6/10
Ne construit pas de profil publicitaire, et se règle en un clic dans n'importe quel navigateur : c'est le changement le plus facile de tout ce guide. Six et pas plus : société américaine, et une partie des résultats vient de Bing, donc de Microsoft.
- Google1/10
Le modèle EST le profilage. Connecté, chaque requête est rattachée à votre identité et nourrit votre dossier publicitaire. Excellent moteur, et le pire choix dès qu'on parle de discrétion : c'est le point de départ, pas une option.
Le grand public
DuckDuckGo. Le changement le plus rentable et le plus simple : un réglage dans le navigateur, et le profilage de vos recherches s'arrête, sans rien perdre au quotidien.
Une personne exposée
Startpage. Startpage pour garder la qualité de Google sans lui livrer qui pose la question, ou Brave Search si vous préférez un index qui ne doit rien à Google. Les deux ne construisent aucun profil.
Une cible désignée
Brave Search. Le moteur passe au second plan : ce qui protège, c'est de chercher via Tor, qui détache la requête de votre adresse. Un index indépendant comme Brave Search évite en plus de repasser par un géant que vous cherchez peut-être à éviter.
Résolveur DNS
Ce que la note mesure : le résolveur voit le nom de chaque site que vous ouvrez, y compris en HTTPS. La question n'est pas la vitesse, c'est qui tient ce journal. Deux noms retenus, sans note : le barème d'origine n'en donnait pas, et une note inventée ne vaudrait rien.
Qui paie : un résolveur répond à des milliards de questions par jour, et chaque question nomme le site que vous ouvrez avant même que vous l'ouvriez. Celui de votre opérateur est compris dans l'abonnement ; ceux de Google et de Cloudflare sont offerts parce que voir passer le trafic du monde entier a une valeur en soi, même sans le revendre. Quad9 est une fondation suisse financée par des dons, NextDNS se paie à l'abonnement au-delà d'un quota gratuit. C'est peu cher parce que ça consomme peu, pas par bonté.
- NextDNSRetenu
Filtrage réglé par vous, journalisation désactivable, un profil différent par appareil. La contrepartie : il faut un compte, donc un identifiant rattaché à vos requêtes.
- Quad9Retenu
Fondation suisse à but non lucratif, blocage des domaines malveillants connus, et rien à créer pour s'en servir : une adresse à coller dans les réglages réseau. Aucun réglage fin en échange.
Quad9, son financement
Le grand public
NextDNS. Réglé sur la box, il couvre tous les appareils de la maison d'un coup, y compris la télévision et les objets connectés qui n'ont aucun réglage. C'est le geste le plus rentable de la catégorie.
Une personne exposée
Quad9. Quad9 ne demande rien : pas de compte, donc pas d'identifiant qui relie vos requêtes à une personne. Vous perdez le filtrage sur mesure, vous gagnez de ne pas déplacer le problème d'un journal vers un autre.
Une cible désignée
Quad9. Sur le trafic ordinaire. Pour le reste, la question ne se pose plus : sous Tor, la résolution des noms se fait dans le réseau, votre résolveur habituel ne voit rien.
VPN
Ce que la note mesure : un VPN ne rend pas anonyme, il déplace la confiance : votre opérateur ne voit plus rien, le fournisseur voit tout. On note donc ce qu'il faut lui donner pour ouvrir un compte, et ce qu'il pourrait être contraint de livrer.
Qui paie : c'est ici que la question compte le plus. Faire transiter votre trafic coûte de la bande passante tous les mois, et un fournisseur qui ne vous facture rien doit récupérer cet argent ailleurs : en louant votre connexion comme point de sortie pour le trafic d'inconnus, en revendant à des courtiers l'historique des sites que vous ouvrez, ou en injectant de la publicité dans les pages. Autrement dit, il peut se permettre de cacher votre adresse aujourd'hui parce qu'il compte la revendre demain. Chez les payants, la question devient : l'abonnement paie-t-il le service, ou d'abord les vidéos sponsorisées qui vous ont amené là ?
- Mullvad10/10
Un numéro de compte généré, pas d'adresse e-mail demandée, paiement possible en espèces, un tarif unique sans promotion ni parrainage. C'est le seul dont la façon de vendre est cohérente avec ce qu'il prétend protéger.
Mullvad, comptes et paiements - Proton VPN7/10
Même maison que Proton Mail, applications ouvertes, et une offre gratuite réellement utilisable, ce qui est rare au point d'être suspect ailleurs. Le compte reste rattaché à une adresse e-mail, donc à une identité.
Proton VPN, son offre gratuite - CyberGhost3/10
Distribué par la promotion permanente et l'affiliation. Rien de scandaleux, mais rien non plus qui justifie de lui confier l'intégralité de son trafic plutôt qu'à son opérateur.
- NordVPN0/10
Note plancher assumée. C'est le nom qui arrive par la publicité et les vidéos sponsorisées, avec un discours qui vend l'anonymat, ce qu'aucun VPN ne fournit. Un budget marketing n'est pas une preuve technique, et un fournisseur qui promet ce qui n'existe pas ne mérite pas votre trafic.
- VPN gratuit0/10
Zéro, pour la raison donnée en tête de catégorie : la bande passante se paie tous les mois, donc le gratuit se rembourse sur vous. Les façons connues sont au nombre de trois : louer votre connexion comme point de sortie au trafic d'inconnus, revendre à des courtiers la liste des sites que vous ouvrez, injecter de la publicité dans les pages. La première est la plus grave, parce que ce qui sortira sous votre adresse ne dépendra plus de vous. Une seule exception dans ce barème, l'offre gratuite d'un fournisseur payant qui la finance avec ses abonnements, et elle est notée à sa propre ligne.
Hola, questions fréquentes sur son réseau pair à pair - VPN intégré à un navigateur0/10
Celui d'Opera et ses équivalents. Même note et une tromperie de plus : ce n'est pas un VPN mais un relais vers les serveurs de l'éditeur, il ne couvre que les onglets du navigateur, et le reste de la machine sort par votre adresse habituelle. Vous croyez tout couvrir, vous couvrez une fenêtre.
Le grand public
Proton VPN. Surtout, sachez à quoi il vous sert : sur un réseau Wi-Fi public, à contourner un blocage géographique, oui. Contre la publicité ciblée, non, elle vous suit par votre compte et vos cookies, pas par votre adresse IP. L'offre gratuite de Proton suffit à cet usage.
Une personne exposée
Mullvad. Mullvad, payé en espèces si le fait même d'y être abonné pose problème. Le compte n'étant qu'un numéro, il n'y a rien à relier à votre nom en cas de demande.
Une cible désignée
Mullvad. Et gardez la limite en tête : un VPN vous fait un seul intermédiaire, qui sait tout et qui peut être contraint. Pour ce qui ne doit vraiment pas remonter jusqu'à vous, c'est Tor, pas un abonnement.
Stockage cloud
Ce que la note mesure : une seule question tranche : l'hébergeur peut-il ouvrir vos fichiers, ou seulement vous ? Le chiffrement de bout en bout décide. À côté, ce que le compte relie déjà par ailleurs.
Qui paie : les quinze gigaoctets offerts par Google et les cinq de Microsoft ne sont pas un cadeau, c'est le prix d'entrée d'un abonnement qu'on finit par prendre le jour où la place manque, et d'un compte qu'on ne quitte plus une fois les photos de famille dedans. Proton Drive et Tresorit vendent l'abonnement d'emblée. L'écart de prix affiché est faible, l'écart de modèle est total.
- Proton Drive8/10
Chiffré de bout en bout : l'hébergeur ne voit que des fichiers illisibles. Même maison que Proton Mail, juridiction suisse, applications ouvertes. En face : plus jeune que les géants, partage et édition collaborative moins fournis.
Proton Drive, site officiel - Tresorit7/10
Chiffré de bout en bout, taillé pour un usage professionnel, juridiction suisse. Solide, mais payant sans offre gratuite réelle, et le code n'est pas ouvert.
- Google Drive2/10
Pratique, intégré, gratuit jusqu'à un point. Mais vos fichiers ne sont pas chiffrés de bout en bout : Google peut les lire. Et le stockage tient au compte qui ouvre déjà votre téléphone, votre e-mail et votre historique.
Google One, les formules de stockage - OneDrive2/10
Même modèle que Google Drive, adossé au compte Microsoft, donc à votre session Windows. Vos fichiers sont lisibles par l'hébergeur, et le même mot de passe ouvre l'ordinateur.
Microsoft, le stockage gratuit OneDrive
Le grand public
Proton Drive. Proton Drive si vous partez d'une page blanche. Sinon, gardez le cloud que vous avez et chiffrez vous-même les fichiers sensibles avant de les envoyer : un outil comme Cryptomator crée un coffre que l'hébergeur ne peut pas ouvrir. Déplacer des années de fichiers d'un coup n'aboutit jamais.
Une personne exposée
Proton Drive. Un stockage chiffré de bout en bout, pour qu'une réquisition adressée à l'hébergeur ne rapporte que des fichiers illisibles. C'est exactement ce que Google Drive et OneDrive ne peuvent pas offrir : eux détiennent la clé.
Une cible désignée
Proton Drive. Stockage chiffré de bout en bout, et surtout : ce qui est vraiment sensible ne monte sur aucun cloud. Un fichier qui n'est nulle part ailleurs que sur un support chiffré chez vous ne peut être livré par personne.
Messagerie
Ce que la note mesure : ce qu'il faut donner pour s'inscrire et ce que le service sait de vos échanges. Pas la qualité du chiffrement, qui est bonne à peu près partout : c'est ce qui reste autour du contenu qui fait la note.
Qui paie : aucune messagerie grand public n'est payante, et toutes coûtent des dizaines de millions par an. WhatsApp et Messenger appartiennent à un groupe qui vit de la publicité et se remboursent en métadonnées et en accès payant des entreprises à vos conversations. Telegram vend des abonnements et de la publicité dans les canaux. Signal est une fondation à but non lucratif portée par des dons, SimpleX et Briar par des subventions. Quand une messagerie ne vous coûte rien et n'appartient à personne, cherchez qui paie les serveurs avant de vous y installer.
- SimpleX8/10
Le seul qui n'a aucun identifiant de compte, même pas interne : pas de numéro, pas de pseudo, pas d'annuaire. On échange par des liens ou des QR à usage unique. C'est ce que les métadonnées les plus maigres veulent dire, prises au pied de la lettre. En face : jeune, peu répandu, et l'absence d'annuaire déroute au début.
SimpleX, site officiel - Briar8/10
Pensé pour les situations dures : les messages passent par le réseau Tor, et de proche en proche par Bluetooth ou Wi-Fi si Internet est coupé. Aucun serveur central à réquisitionner. En face : surtout Android, austère, et taillé pour de petits cercles, pas pour tout votre carnet.
Briar, site officiel - Session7/10
Ni numéro, ni adresse e-mail : un identifiant aléatoire, et un routage qui masque l'adresse IP. En face : peu de monde l'utilise, et une messagerie sur laquelle personne ne vous répond ne protège rien.
Session, site officiel - Molly6/10
Une version durcie de Signal sur Android : mêmes correspondants, même réseau, avec en plus le chiffrement de la base locale et le verrouillage de l'application. Un point de mieux que Signal sur l'appareil. Mais le numéro de téléphone reste exigé, comme Signal, donc le même plafond.
Molly, site officiel - Signal5/10
Les métadonnées les plus maigres du lot, et c'est décisif : une réquisition n'y rapporte presque rien. La note tient au numéro de téléphone exigé à l'inscription, qui vous relie à un contrat d'abonnement, donc à votre identité civile. Sur ce barème-là, c'est un plafond.
Signal, page de dons - Telegram5/10
Rien n'est chiffré de bout en bout sauf à le demander, jamais dans les groupes ni les canaux : vos conversations sont sur leurs serveurs. Cinq quand même, parce qu'un compte y vit sans aspirer votre carnet d'adresses et sans alimenter une régie publicitaire.
Telegram, questions fréquentes sur Premium - WhatsApp3/10
Le contenu est bien protégé, le reste ne l'est pas : correspondants, horaires, groupes, carnet d'adresses. Et la sauvegarde part en clair dans le cloud tant qu'on ne va pas la chiffrer soi-même, ce que presque personne ne fait.
WhatsApp, la sauvegarde chiffrée de bout en bout - Messenger3/10
Chiffré de bout en bout, mais adossé au compte Facebook, c'est-à-dire au dossier le plus complet qui existe sur vous. Vos messages sont protégés, le fait que vous parliez à cette personne ne l'est pas.
Meta, le chiffrement par défaut sur Messenger
Le grand public
Signal. Signal si vos proches acceptent d'y venir. Sinon WhatsApp reste tenable au quotidien, à condition d'aller activer la sauvegarde chiffrée, qui ne l'est pas par défaut. Une messagerie que personne autour de vous n'utilise ne protège aucune conversation.
Une personne exposée
Signal. Signal, malgré son 5 : dans votre situation, la liste de vos correspondants est plus dangereuse que le contenu de vos messages, et c'est précisément ce que Signal ne conserve pas. Activez un nom d'utilisateur pour ne pas exposer votre numéro.
Une cible désignée
SimpleX. C'est le cas où le numéro de téléphone devient le problème principal. SimpleX s'en passe entièrement, sans même un identifiant de compte ; Briar tient si Internet est coupé ou surveillé. Gardez Signal pour le quotidien : deux canaux séparés valent mieux qu'un seul sur lequel tout transite.
Appels voix et visio
Ce que la note mesure : qui peut écouter ou enregistrer l'appel, et à quel compte il est rattaché. Le chiffrement de bout en bout tranche, comme pour la messagerie, mais l'enjeu s'étend ici à la visio de groupe.
Qui paie : un appel de groupe consomme de la bande passante à la minute, ce qui rend la gratuité coûteuse. Teams et Discord l'absorbent parce qu'ils vendent des licences d'entreprise et des abonnements de confort. Jitsi ne coûte rien parce que l'instance est tenue par quelqu'un d'autre que vous, et cette personne voit passer les appels. C'est la catégorie où héberger soi-même change le plus de choses.
- Signal8/10
Appels audio et vidéo chiffrés de bout en bout, avec les mêmes métadonnées maigres que la messagerie. Le numéro de téléphone reste exigé, c'est le même plafond que pour ses messages.
- Jitsi Meet7/10
Visio de groupe dans le navigateur, sans compte ni installation : on ouvre un salon, on partage le lien, rien ne vous relie à une identité. Le chiffrement de bout en bout dépend de la configuration du serveur, à vérifier ou à héberger soi-même.
Jitsi, site officiel - Element (Matrix)6/10
Chiffré de bout en bout et fédéré : vous choisissez le serveur, ou vous l'hébergez. En face : les métadonnées vivent sur le serveur d'accueil, et la prise en main demande un peu d'effort.
Element, site officiel - Microsoft Teams2/10
Le service vers lequel Microsoft a basculé les comptes Skype, retiré en mai 2025. Adossé au compte Microsoft, pas de chiffrement de bout en bout par défaut pour les appels grand public : l'hébergeur peut accéder au contenu.
- Discord2/10
Commode pour une communauté, mais aucun chiffrement de bout en bout : la voix et la vidéo passent par leurs serveurs, et le compte porte un profil complet. C'est aussi une cible fréquente du vol de jeton, détaillé dans le guide anti-doxxing.
Le grand public
Signal. Signal pour un appel à deux, Jitsi Meet pour une visio de groupe sans inscription. Discord reste commode pour une communauté, à condition de n'y rien dire qu'on ne dirait pas en public.
Une personne exposée
Signal. Signal pour les appels, chiffrés de bout en bout, et Jitsi Meet pour une visio sans compte, qui ne rattache rien à votre identité. Évitez ce qui est adossé à un profil complet.
Une cible désignée
Signal. Signal, et pour une visio un salon Jitsi éphémère sur un serveur de confiance. Rien qui soit rattaché à un compte nominatif : ni Teams, ni Discord, dont le contenu passe en clair par l'hébergeur.
Récapitulatif par profil
| Catégorie | Le grand public | Une personne exposée | Une cible désignée |
|---|---|---|---|
| Système du téléphone | Android | GrapheneOS | GrapheneOS |
| Système de l'ordinateur | Ubuntu | Linux | Qubes OS |
| Chiffrement du disque | BitLocker | FileVault | LUKS |
| Sauvegarde | Un disque externe chiffré | Une sauvegarde chiffrée automatisée | Une sauvegarde chiffrée automatisée |
| Gestionnaire de mots de passe | Bitwarden | KeePassXC | KeePassXC |
| Second facteur | Application d'authentification | Clé d'accès | Clé matérielle |
| Fournisseur d'e-mail | Proton Mail | Proton Mail | Proton Mail |
| Alias d'adresse e-mail | SimpleLogin | addy.io | Aucun |
| Logiciel de messagerie | Thunderbird | Thunderbird | Thunderbird |
| Navigateur | Brave | LibreWolf | Tor Browser |
| Moteur de recherche | DuckDuckGo | Startpage | Brave Search |
| Résolveur DNS | NextDNS | Quad9 | Quad9 |
| VPN | Proton VPN | Mullvad | Mullvad |
| Stockage cloud | Proton Drive | Proton Drive | Proton Drive |
| Messagerie | Signal | Signal | SimpleX |
| Appels voix et visio | Signal | Signal | Signal |
| Réseaux sociaux | Aucun | Aucun | Aucun |
Barème arrêté le
Ce que le barème ne dit pas
Trois choses manquent volontairement à ces notes, et elles pèsent plus lourd que le choix des outils.
La première est l'usage. Un outil noté 10 qu'on abandonne au bout d'un mois vaut moins qu'un outil noté 5 qu'on garde trois ans. La deuxième est le compte plutôt que l'outil. Deux catégories notent désormais le coffre et le second facteur, mais aucune note ne dit si vous les avez activés là où il fallait : la plupart des comptes perdus le sont par un mot de passe réutilisé et une authentification à deux facteurs jamais mise en place, pas par un mauvais navigateur. La troisième est ce qui circule déjà sur vous, et qu'aucun changement d'outil ne rattrape : une adresse dans une fuite de données reste dans cette fuite, quel que soit le système que vous installez demain.
Par où commencer, dans l'ordre
- 01
Le résolveur DNS sur la box
Dix minutes, une fois, et ça couvre tous les appareils de la maison, y compris ceux qui n'ont aucun réglage. C'est le seul geste de ce guide qui protège des appareils que vous ne contrôlez pas.
- 02
Le navigateur, puis le moteur de recherche
Installer Brave ou Firefox prend deux minutes. Changer le moteur de recherche par défaut en prend trente secondes et compte autant : c'est lui qui voit chacune de vos questions, y compris celles que vous ne poseriez à personne.
- 03
Le coffre à mots de passe, puis le second facteur
C'est le geste qui rapporte le plus. Installez le gestionnaire, changez d'abord le mot de passe de la boîte e-mail qui sert à récupérer tout le reste, activez le second facteur dessus, et laissez les autres comptes venir un par un à chaque connexion. Un mot de passe unique par service ne vous protège pas d'une fuite, il empêche qu'une fuite en ouvre douze.
- 04
Une adresse e-mail séparée pour ce qui compte
Banque, administration, réinitialisation de mots de passe. Ne migrez pas quinze ans de courrier, ça n'aboutit jamais : ouvrez une adresse propre et changez l'adresse de récupération des comptes importants.
- 05
Le téléphone, en dernier
C'est le changement le plus lourd et le plus utile. Faites-le quand les trois premiers sont tenus depuis quelques semaines, pas le même week-end : tout changer d'un coup est la meilleure façon de tout abandonner.
Maintenant, entraînez-vous
Savoir quel outil choisir ne suffit pas : les réflexes s'acquièrent en situation. Le parcours reprend le sujet en exercices.
Et vous, où en êtes-vous ?
Les bons outils protègent la suite. Ce qui circule déjà sur vous (adresses, mots de passe, comptes exposés) demande une autre réponse.