Logiciel espion, traceur, sextorsion : que faire, et dans quel ordre
Quelqu'un semble savoir où je suis, lire mes messages, ou menace de publier des images de moi. Par quoi je commence sans me mettre en danger ?
Ce guide traite de trois menaces qui visent les personnes harcelées. Un logiciel espion installé sur le téléphone, souvent par un (ex-)partenaire ou un membre de la famille qui a eu l'appareil en main. Un traceur, petite balise Bluetooth comme l'AirTag, glissé dans un sac, une poche de veste ou une voiture. Et la sextorsion : quelqu'un détient, ou prétend détenir, des images intimes de vous et menace de les diffuser si vous ne payez pas ou n'en envoyez pas d'autres.
Dans les trois cas, le réflexe est de tout effacer et de tout bloquer. C'est parfois l'erreur. Un logiciel espion qu'on retire peut alerter celui qui vous surveille, et un message effacé est une preuve perdue. Quant au maître chanteur, le payer ne garantit pas qu'il s'arrête. Voici l'ordre des gestes, puis les numéros à appeler, la Belgique d'abord, la France ensuite. Chaque numéro vient de la page officielle du service ou de l'administration qui le donne, relue le 30 septembre 2026.
Logiciel espion : les signes
Un logiciel espion, ou stalkerware, enregistre en secret ce que vous faites sur votre téléphone et le transmet à quelqu'un d'autre. Il ne demande aucune compétence : il s'achète et s'installe facilement, en général par quelqu'un qui a eu le téléphone déverrouillé entre les mains. La Coalition Against Stalkerware, qui réunit depuis 2019 associations d'aide aux victimes et éditeurs de sécurité, cite quelques indices : une batterie qui se vide vite, des pics de consommation de données, un temps d'écran qui grimpe sans raison, des notifications étranges. Elle ajoute qu'aucun n'est une preuve, et que certains de ces logiciels tournent sans rien laisser voir.
Le signe le plus courant n'est pas technique. C'est la personne qui en sait trop : elle cite un message que vous n'avez montré à personne, elle connaît un rendez-vous que seul votre téléphone connaissait. Notez chaque épisode avec sa date, de préférence ailleurs que sur le téléphone suspect. Ce journal aide à voir un schéma, et il servira si vous portez plainte ou demandez de l'aide.
La surveillance ne passe pas toujours par un logiciel. La Coalition rappelle que certains logiciels pour iPhone se contentent de lire les sauvegardes iCloud de l'appareil. Un mot de passe que l'autre connaît, une position partagée, un appareil resté connecté à votre compte font le même travail. En Belgique, l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes range l'installation d'applications de traçage parmi les formes de contrôle coercitif.
Logiciel espion : l'ordre des gestes
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Ne rien retirer tout de suite
Supprimer le logiciel ou changer d'un coup vos réglages peut se voir de l'autre côté. La Coalition Against Stalkerware prévient que cela peut aggraver les violences et le harcèlement, et conseille de ne le retirer que si vous pensez pouvoir le faire sans danger. D'ici là, gardez le téléphone tel quel et faites sur un autre appareil ce qui doit rester secret.
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Garder les preuves
Supprimer le logiciel, c'est aussi supprimer les preuves qui s'y rapportent, et elles comptent pour une plainte. Avant toute suppression, tenez votre journal et rassemblez ce qui montre la surveillance. Rangez le tout là où l'autre n'a pas accès : le site Arrêtons les violences conseille une boîte e-mail connue de vous seule, ou l'application Mémo de vie, où ces documents peuvent être stockés en ligne.
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Préparer un plan de sécurité avec une ligne d'écoute
La Coalition recommande un plan de sécurité propre à votre situation, préparé depuis un appareil sûr avec un service d'aide aux victimes. Si l'auteur est un (ex-)partenaire ou un proche, appelez en Belgique francophone Écoute violences conjugales au 0800 30 030, gratuit et anonyme, de 8 h à 20 h 7 jours sur 7 ; la nuit, l'appel bascule vers le 107. Les écoutantes aident entre autres à préparer un scénario de protection. En France, le 3919 écoute les femmes victimes de violences et leur entourage, 24 heures sur 24, gratuitement et anonymement. Aucune de ces deux lignes n'est un numéro d'urgence.
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Retirer le logiciel, une fois en sécurité
La solution la plus sûre, selon la Coalition, est un nouveau téléphone. Presque aussi efficace : la réinitialisation d'usine, après avoir sauvegardé contacts et photos. Réinstallez ensuite seulement les applications dont vous vous servez. Un antivirus peut aussi repérer et supprimer ces logiciels, sans garantie : dans le test que la Coalition a relayé en décembre 2025, un seul produit a détecté les 17 logiciels espions testés sur Android.
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Fermer les portes derrière vous
Le logiciel parti, l'autre peut en installer un nouveau, et il lui faut en général le téléphone déverrouillé en main. Réglez le verrouillage automatique au plus court, 30 secondes si possible, avec un code difficile à deviner. Changez les mots de passe de vos comptes importants et activez la double authentification. Le ministère français de l'Intérieur conseille aussi de désactiver la synchronisation (iCloud, tablette, ordinateur). Sur iPhone avec iOS 16 ou plus récent, Réglages > Confidentialité et sécurité > Contrôle de sécurité montre qui a accès à vos informations, y compris votre position, et quels appareils sont connectés à votre compte Apple. Sa Réinitialisation d'urgence coupe tous les partages d'un coup. Apple demande de peser les risques pour votre sécurité avant tout changement, et le bouton Quitter ferme l'écran sur-le-champ.
Traceur : les signes
Un traceur est une petite balise Bluetooth faite pour retrouver des clés ou un sac. Glissé dans vos affaires, il montre à son propriétaire où vous allez. Apple et Google ont rédigé ensemble une spécification pour que l'iPhone comme Android préviennent la personne qu'un traceur inconnu accompagne. Deux signes, donc : une notification sur votre téléphone, ou un son émis par la balise elle-même quand elle est séparée de son propriétaire depuis un moment et qu'on la déplace.
Ces alertes ne concernent que les traceurs Bluetooth compatibles avec les réseaux de localisation d'Apple et de Google. Un autre type de balise, par exemple un boîtier GPS avec sa propre carte SIM caché sous une voiture, n'entre pas dans ce dispositif : seule une fouille le trouve. Couper le Bluetooth ou passer en mode Avion n'empêche pas non plus un traceur d'envoyer sa position, Apple et Google le précisent tous les deux.
Traceur : l'ordre des gestes
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Activer les alertes
Sur iPhone, Apple demande iOS 17.5 ou plus récent, le Service de localisation et les Lieux importants activés (Réglages > Confidentialité et sécurité > Service de localisation > Services système), le Bluetooth allumé, les Notifications de suivi autorisées (Réglages > Notifications) et le mode Avion coupé. Sur Android, les alertes existent à partir d'Android 6. Les alertes automatiques demandent la position activée ; à partir d'Android 11, la recherche manuelle s'en passe. Google donne ce chemin : Paramètres > Sécurité et urgences > Alertes de traceur inconnu > Rechercher. La recherche prend une dizaine de secondes.
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À l'alerte, documenter d'abord
Faites une capture d'écran de l'alerte et de la carte qui montre où le traceur vous a suivi. Google le suggère, et sur Android les alertes s'effacent au bout de 48 heures. Sur iPhone, l'app Localiser affiche les objets récents dans l'onglet Objets, sous « Objets inconnus détectés avec vous ».
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Le trouver
Sur iPhone, touchez l'alerte, puis Continuer et Émettre un son ; sur Android, touchez la notification, puis Faire sonner. Google précise que le propriétaire n'est pas prévenu quand vous faites sonner le traceur. Avec un iPhone doté de l'Ultra Wideband, Rechercher à proximité guide jusqu'à un AirTag inconnu. Si rien ne sonne, fouillez ce qu'on vérifie rarement : une poche de veste, le compartiment extérieur d'un sac, la voiture.
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L'identifier, sans le désactiver tout de suite
Approchez le haut d'un iPhone, ou d'un téléphone compatible NFC, du côté blanc d'un AirTag : une page affiche son numéro de série et les quatre derniers chiffres du numéro de téléphone de la personne qui l'a enregistré. Faites-en une capture. Puis réfléchissez avant de le désactiver. Désactivé, il n'envoie plus sa position à son propriétaire, mais Google précise que celui-ci peut encore voir le dernier endroit où le traceur était actif. Certains traceurs se réinitialisent aussi quand on les coupe, et la police ne peut alors plus remonter jusqu'au propriétaire. Google conclut que vous pouvez le laisser actif si le couper vous paraît dangereux.
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Aller à la police
Si vous ne trouvez pas le traceur et craignez pour votre sécurité, Apple conseille de vous rendre dans un lieu public sûr et de contacter la police. Apple indique aussi que la police peut lui demander toutes les informations disponibles sur un AirTag utilisé pour suivre quelqu'un. Les policiers peuvent vous demander le traceur, son numéro de série ou son identifiant : gardez-les. En urgence, le 101 en Belgique, le 17 en France.
Sextorsion : les signes
Beaucoup de cas suivent le même schéma, décrit par e-Enfance. Un contact sur un réseau social, un jeu en ligne ou une application de rencontre. L'auteur se fait souvent passer pour quelqu'un de votre âge, gagne votre confiance, pousse la conversation vers l'intime, puis demande une photo, une vidéo ou un appel vidéo qu'il enregistre à votre insu. Le chantage suit. Il peut aussi venir d'un ex qui détient déjà des images : l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes décrit des menaces de diffusion pour empêcher une rupture ou une plainte.
Les signes qui doivent alerter, selon e-Enfance : un inconnu au profil presque vide, une invitation rapide à passer sur une messagerie privée, une demande pressante d'argent, de cartes cadeaux ou de cryptomonnaie, des menaces de diffusion. Une vraie photo n'est même plus nécessaire : des montages fabriqués par intelligence artificielle, les deepnudes, partent d'images ordinaires. Et parfois l'auteur n'a rien, il prétend seulement avoir des images.
Ce n'est jamais votre faute, même si vous avez envoyé l'image vous-même : e-Enfance le rappelle. L'auteur, lui, commet une infraction, en Belgique comme en France.
Sextorsion : l'ordre des gestes
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Couper le contact, ne rien céder
L'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes le dit simplement : ne répondez pas aux menaces et ne faites pas ce qu'on vous demande. Payer ou envoyer d'autres images ne garantit pas que l'auteur arrête, précise e-Enfance. Si vous avez déjà payé, prévenez votre banque tout de suite.
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Garder les preuves, puis bloquer
Avant de bloquer, rassemblez : les captures d'écran des conversations et des menaces, l'adresse (URL) du compte de l'auteur ou son numéro, les e-mails, les coordonnées bancaires qu'il vous a données. Ensuite, signalez le compte et la conversation sur la plateforme, et bloquez-le.
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Empêcher la diffusion des images
Pour une image prise après vos 18 ans, StopNCII calcule sur votre appareil une empreinte numérique de l'image, sans l'envoyer, et la partage avec des plateformes partenaires. Celles-ci retirent les copies qui correspondent quand elles enfreignent leurs règles. Pour une image prise avant vos 18 ans, même si vous êtes majeur aujourd'hui, StopNCII renvoie vers Take It Down, service gratuit et anonyme du National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), qui fonctionne de la même façon. Aucun des deux ne couvre tout internet, seulement les plateformes qui y participent.
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Se faire aider, en Belgique
Mineur, ou parent d'un mineur : Child Focus, au 116 000, gratuit, 24 heures sur 24, anonymement si vous le souhaitez, ou à 116000@childfocus.org. Child Focus informe, oriente vers une aide spécialisée ou la police, et, comme signaleur de confiance auprès des grands réseaux sociaux, peut faire supprimer certaines images plus vite. Majeur : l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes, au 0800 12 800 ou par son formulaire de signalement, aide à faire supprimer les images diffusées et vous soutient si vous portez plainte. Il n'entreprend rien sans votre accord. La plainte se dépose à la police ; en urgence, le 101.
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Se faire aider, en France
Le 3018, service de l'association e-Enfance pour les jeunes et leurs parents, répond 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, par téléphone ou par tchat dans l'application 3018, gratuitement et anonymement. Signaleur de confiance désigné par l'Arcom, il peut demander aux plateformes le retrait rapide de comptes ou de contenus. Si des images ont été publiées, signalez-les aussi sur Pharos. La plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie. Le tchat de service-public.gouv.fr met en relation, 24 heures sur 24, avec des policiers et des gendarmes formés aux violences sexistes et sexuelles. En urgence, le 17.
Les adresses
Ouvertes et relues le 30 septembre 2026. Les sites de la police belge et de Safeonweb refusent les vérifications automatiques : ils n'ont pas de lien ici.
Belgique
- Écoute violences conjugales : 0800 30 030, gratuit et anonyme, de 8 h à 20 h 7 jours sur 7, puis bascule vers le 107. Aussi par tchat.
- Child Focus : 116 000, gratuit, 24 h sur 24, pour les mineurs victimes de sextorsion et leurs proches.
- Institut pour l'égalité des femmes et des hommes : 0800 12 800. Aide les majeurs à faire supprimer des images intimes et à porter plainte.
- 112.be : le 101 pour une aide urgente de la police, le 112 pour une ambulance ou les pompiers.
France
- 3919 : Violences Femmes Info, gratuit et anonyme, 24 h sur 24. Pas un numéro d'urgence.
- Service-Public.fr : tchat 24 h sur 24 avec des policiers et des gendarmes formés aux violences sexistes et sexuelles.
- 3018 : e-Enfance, 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, par téléphone ou dans l'application 3018.
- Pharos : signaler un contenu illicite publié sur internet.
- Ma Sécurité : la fiche du ministère de l'Intérieur pour préparer un départ en sécurité, traceurs compris.
Détecter, bloquer
- Coalition Against Stalkerware : reconnaître un logiciel espion et s'en débarrasser sans danger.
- Apple : alertes de suivi indésirable et traceur inconnu sur iPhone.
- Google : alertes de traceur inconnu et recherche manuelle sur Android.
- StopNCII : bloquer la diffusion d'images intimes prises après 18 ans.
- Take It Down : même principe, pour les images prises avant 18 ans.
Maintenant, entraînez-vous
Savoir quel outil choisir ne suffit pas : les réflexes s'acquièrent en situation. Le parcours reprend le sujet en exercices.
Et vous, où en êtes-vous ?
Les bons outils protègent la suite. Ce qui circule déjà sur vous (adresses, mots de passe, comptes exposés) demande une autre réponse.